Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 16:59
Synopsis:

   
Pour une raison encore inconnue, l'Humanité est condamnée à s'affronter dans des combats à mort à mains nues jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un seul survivant.
    Survivre à ces combats mais aussi à un monde plongé en plein chaos devient alors le rude quotidien.
    Mais que se passera-t-il à l'issue de cette Grande Elimination?







    Les épisodes seront mis en ligne à raison de deux fois par semaine, les Lundis et Jeudis.
    N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos commentaires.
    Et si un éditeur est intéressé, ses propositions seront évidemment les bienvenues.


    Bonne lecture.



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PS: Le texte est protégé avant sa mise en ligne, je précise pour éviter que des petits malins tentent le plagiat et que je perde du temps à gagner un procès :-)

Par Eddy Lavallée
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 17:13

    Je ne sais pas comment je me suis retrouvé là, dans cette arène - j’étais chez moi il y a un instant - mais je ne sais que trop bien pourquoi : Je dois tuer, à mains nues, cette femme d’environ 40 ans qui est en face de moi.

    La simplicité de cette situation est formidable. Tuer ou être tué. Soit je la tue, soit elle me tue. Aucune autre solution.

 

 

    Il y a une semaine de cela, le 14 Décembre 2012, m’était arrivée la chose que je pensais être la plus étrange de ma vie (l’avenir allait me montrer à quel point j’étais loin du compte). Alors que j’étais en train de marcher, le long des quais de Rouen, j’ai reçu comme une transmission de pensée. Mais ce n’était pas comme si on me parlait dans ma tête, non, c’est plutôt une sorte d’idée, une sensation, un savoir qui a été comme implanté d’un coup. Un instant, je marchais, perdu dans mes pensées, puis l’instant d’après, je "savais", tout simplement. Et c’est la pensée la plus claire, la plus forte, la plus pure que je n’avais jamais eue. Rien à voir avec ce que j’avais pu éprouver auparavant dans ma vie. Ce n’était pas sous forme de mots - c’était bien plus complet et précis que n’auraient pu le transmettre des mots - mais je peux en retranscrire le sens :

 

 

    « Cette pensée est transmise à tous les humains.

    A partir de la semaine prochaine, chaque vendredi, chaque être humain devra en affronter un autre dans un combat à mort, sans arme. Le combat ne prendra fin qu’au décès d’un des combattants.

    Ce qui fait que chaque semaine, la population humaine mondiale diminuera de moitié.

    Ces combats continueront jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul survivant. »

 

   

    Je ne voulais évidemment pas croire à cette information, mais je savais parfaitement qu’elle était vraie. Cette sensation était trop nette. Enfin c’est difficile à expliquer. Puis j’appris très vite que tous mes proches avaient également subi ce même phénomène. Ainsi que tout le monde, sur toute la surface du globe. Alors bien sûr, cela créa une certaine effervescence dans la population, et nombre de scientifiques passèrent dans des émissions de télé pour nous faire savoir qu’il ne s’agissait là que d’une hallucination collective. Généralisée au monde entier ? Vachement bien fichue cette hallucination dites-donc… Quand la science se croit obligée d’expliquer quelque chose qui la dépasse.

    D’autres parlèrent de punition divine, d’Apocalypse. D’autres affirmèrent que ceci était le fait d’un peuple extra-terrestre qui se décidait à passer à l’action après une longue observation. D’autres encore précisèrent que la date du premier "Combat" programmé était le 21 Décembre 2012, date de la fin du calendrier Maya qui prédisait alors "la fin du monde tel que nous le connaissions". Hypothèse qui reçut le meilleur accueil mais qui n’expliquait rien en soi.

    Mais personne ne voulait se résoudre à croire que ça allait vraiment arriver et chacun continua ses activités habituelles durant la semaine. Par contre, le Vendredi fut attendu avec une terrible impatience générale, teintée, il faut bien le dire, d’une certaine appréhension. Mais à peine plus que pour une finale de Coupe du Monde par exemple. Certains montraient l’absurdité et l’impossibilité de la situation prédite : Comment pourrait-on nous forcer à nous battre si nous refusions ? Qui ou quoi nous y forcerait ? Où se dérouleraient ces Combats ? Comment les adversaires seraient-ils choisis ? Comment des humains de différents continents pourraient-ils se rencontrer ?

    Ces points soulevés étaient très pertinents et rassurants, mais je savais - et je crois que tout le monde le savait -que ça arriverait quand même, de quelque façon que ce soit. Tout cela n’était que discussion sur des points de détail, qui était légitime dans notre logique habituelle, mais je sentais que cette logique ne serait bientôt plus à l’ordre du jour et que notre compréhension du monde était déjà bien dépassée.

 

 

    Vint enfin le Vendredi.

    Ma matinée se déroulait de façon très classique. Levé 11h (6 mois de chômage et le pli est pris). Toilettes. Boulangerie. Boîte aux lettres. Internet.

    Midi arriva, toujours devant mon ordinateur, et je me demandai ce que j’allais faire pendant l’après-midi.

   

    Et là je me retrouve d’un coup dans cette pièce. Une salle ronde, sans porte ni fenêtres visibles, ni même système d’éclairage. Mur, sol et plafond de couleur gris clair. Totalement vide. Environ 15 mètres de diamètre je dirais. Je suis nu. La femme en face de moi aussi est nue. Nous nous regardons. Elle a l’air un peu ahurie d’être là. Ses yeux sont écarquillés et elle reste immobile. Je pourrais trouver ça comique si je n’étais pas paralysé par la peur. Elle fait bien une tête de moins que moi, qui mesure 1,89m. Elle a la quarantaine, et son corps semble très bien conservé.

    Je me décide à lui parler.

    - Bonjour Madame. Savez-vous où nous sommes et ce que nous faisons ici ?

    Elle continue de me fixer, puis me répond dans une langue que je ne connais pas. Peut-être une langue d’Europe de l’Est.

    - Do you speak English ? demandé-je alors, avec un accent peu académique.

 

    Nouvelle réponse dans cette langue inconnue.

    Je sais qu’elle connaît "les règles", qu’elle sait pour le combat à mort. Et elle sait que je sais aussi.

    Je décide alors de refuser cette situation, attitude qui me semble la seule possible et normale, et je m’assois contre la paroi, sans quitter la femme des yeux. J’aimerais pouvoir lui expliquer ma décision, et lui dire que c’est la seule chose à faire. Foutue barrière de la langue. Je tente quand même quelques signes approximatifs, mais me résigne devant l’incompréhension manifeste.

    Puis elle fonce vers moi.

    Je n’ai pas le temps de réagir, elle est déjà sur moi. Elle tente de me cogner à la tête avec ses mains et ses pieds. Des coups en rafale. Je suis toujours assis au sol, les coups sont d’une rare violence, mais je parviens assez bien à protéger mon crâne avec mes bras. Elle cogne en silence, sans un mot, sans un cri, et c’est peut-être ça le plus effrayant. Sa détermination froide. Un de ses coups passe et me heurte un œil. J’arrive alors à la repousser avec mes jambes et me remets debout en un instant. Elle revient aussitôt sur moi, tente de me donner un coup au visage, mais je bloque avec mon avant-bras gauche et envoie un direct de mon poing droit. Dans la mâchoire. Elle tombe, mais elle n’est pas totalement KO.

    La stupeur qu’avait fait naître en moi son attaque soudaine commence à s’estomper, et j’arrive à me ressaisir. Mais mon cœur bat encore anormalement fort et j’ai la chair de poule. Je ne quitte pas des yeux mon adversaire et celle-ci commence à se relever. Je prends alors ma décision, je dois la tuer. J’ai la conviction suprême que d’une manière ou d’une autre, je n’ai pas le choix. Si je ne le fais pas, elle le fera. Si aucun d’entre nous ne le fait, nous mourrons tous les deux ici, j’en suis convaincu. Cette décision va à l’encontre de tout ce qu’on m’a appris, de tout ce en quoi je crois, mais autre temps, autres mœurs. Mon intuition est trop forte, je sais ce que j’ai à faire.

    Elle est debout. Je suis en un bond sur elle et lui décoche un coup de poing au visage. Elle retombe par terre, sur le dos. Je monte à califourchon sur elle, et je lui en donne un deuxième, puis un troisième, de toutes mes forces. Elle à le visage rougi, mais ne saigne pas. Elle n’offre pas de résistance. Je lui serre alors la gorge avec mes deux mains. Elle agrippe mes poignets, mais sans force. Elle suffoque, son teint devient de plus en plus pourpre. Elle se débat de plus en plus. Je ne supporte plus la vision de son visage hagard, et je détourne mon regard, tout en maintenant la pression de mes mains sur sa gorge. Les soubresauts continuent quelques secondes qui me paraissent une heure, puis plus rien.

    Mon adversaire n’est plus. Cette femme que je ne connaissais pas est morte. Son corps sans vie sous moi, encore maintenu par mes mains. Je me lève vivement et commence à penser à l’horreur de la situation.
Par Eddy Lavallée
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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 12:11

    Je me retrouve alors de nouveau chez moi, devant mon ordinateur. Je ne m’en étonne même pas. Le fait que cela n’ait pu être qu’un rêve ne m’effleure même pas l’esprit. Je sais que ce n’est pas le cas. D’ailleurs, mes poings me font ressentir une très vive douleur, et je sens que mon œil gonfle. Je suis toujours nu, et mes vêtements sont sous moi, sur ma chaise.

    Une fois rhabillé, je n’ai qu’une envie, savoir ce qui s’est passé pour mes proches, familles et amis. Ont-ils vécu la même chose que moi ? Et tout en me posant cette question, je me rends compte pour la première fois avec effroi que si la réponse est oui, alors un grand nombre ne sera plus de ce monde. Je me précipite sur le téléphone pour appeler mes parents. Pas de tonalité. Je décide alors d’aller chez eux immédiatement et prends mon vélo. Ils habitent à l’autre bout de la ville. Je m’arrête tout de même à deux maisons de chez moi car c’est là qu’habite Marc, un très bon ami. Je tape à la porte et il m’ouvre aussitôt. Il a l’air ailleurs. Je remarque tout de suite un gros hématome sur sa pommette, et j’ai cru voir qu’il boitait.

    - Salut Marc, lui dis-je. Alors, toi aussi, tu as…

    - Oui.

    Sa réponse, dite d’un air absent, à l’air de concerner une chose tout à fait banale. Je note juste qu’il observe mon œil. D’ailleurs, je ne peux le laisser qu’entrouvert, et je sens mes pulsations battre dedans.

    - Tu sais Marc, j’ai dû tuer une femme.

    - J’ai affronté un ado. Il devait avoir 14 ans.

    Je note l’utilisation du verbe neutre "affronter", et je vois aussi qu’il ne veut pas en parler.

    - Tu crois que tout le monde a dû se battre comme nous ? relancé-je.

    - J’en sais rien. Euh, Nico, faut que j’aille voir mes parents. Je ne sais pas s’ils sont… Enfin…

    - Oui, moi aussi j’y vais. On se revoit plus tard.

 

    Je remonte sur mon vélo et continue à descendre la rue. Je ne remarque que maintenant qu’il y a des voitures immobilisées sur la voie. Certaines ont leurs propriétaires qui rôdent à côté, le regard perdu, et pour la plupart, le visage tuméfié ou sanglant. Dans d’autres véhicules, je ne vois que des gens inertes et avachis. Je sais qu’ils sont morts. J’arrive sur le boulevard. Toujours des voitures immobiles, mais en plus grande quantité. Des piétons marchent sans but, comme égarés. Je vois aussi de nombreux cadavres sur les trottoirs. Hommes, femmes, enfants. La ville est silencieuse, mis à part quelques moteurs qui tournent au ralenti. L’ambiance est extrêmement pesante, oppressante. Puis la panique m’envahit. La vraie panique, comme je n’en avais connu qu’enfant, perdu dans le noir. Je ne me contrôle plus et pédale de toutes mes forces pour fuir ce spectacle. Mais la fuite est impossible, car l’horreur se répète inlassablement, identique rue après rue. Je slalome entre les voitures, frôlant constamment la chute, j’esquive des gens titubant, je roule sur des membres humains, je suis comme fou, puis j’arrive enfin devant chez mes parents. Un petit pavillon dans un quartier résidentiel. Après quelques grandes inspirations qui parviennent à me calmer un peu, j’entre dans le petit jardin toujours bien entretenu, et frappe à la porte. Pas de réponse, j’entre.

 

    - Maman ? Papa ?

    - Nicolas ! Dans la cuisine !

    C’est la voix de mon père, affolé. Je déboule en courant et vois mon père, à genoux, en train d’effectuer un massage cardiaque sur ma mère étendue au sol, le visage en sang. Les larmes me viennent immédiatement, en silence. Mon œil me fait très mal.

    - Nicolas, appelle tout de suite les secours, puis vient m’aider, me lance-t-il, tout essoufflé.

    - Papa, elle est morte, dis-je en lui posant la main sur l’épaule.

    - On peut la ramener ! hurle-t-il, en continuant de compresser frénétiquement la cage thoracique du corps inanimé qui fut ma mère.

    - Non, c’est terminé et tu le sais très bien, dis-je sur un ton plus sec. Toi aussi tu as dû faire un Combat et tu sais qu’il n’y a que deux issues possibles. Mourir ou bien vivre. Pas de coma dont on pourrait être ramené. Maman s’est faite tuer pendant son duel, et on n’y peut rien.

 

    Mon père s’arrête alors, amorphe. Il n’a même pas la force de pleurer. J’imagine qu’il doit tenter de la réanimer depuis la fin des combats, c’est-à-dire il y a un peu plus de vingt minutes. Car j’ai comme l’impression que ces Combats commencent et s’arrêtent en même temps pour tout le monde, peu importe le temps qu’ils semblent durer. Réalité parallèle ou autre ? Je n’en sais évidemment rien, mais j’ai l’impression que dans notre réalité quotidienne, ce "Combat" (je ne sais décidément pas comment l’appeler autrement) n’a duré qu’un instant. On est là, puis une fraction de seconde plus tard, soit on est amoché et traumatisé, soit on est mort. C’est ce que je pense qu’on verrait si on filmait quelqu’un à ce moment précis. Et ça ne dépend pas à mon avis du déroulement du combat lui-même, qu’il dure deux secondes ou bien deux jours.

    J’aide mon père à s’asseoir dans un fauteuil. Il est trempé de sueur et haletant. Avec ses 56 ans, il a toujours semblé très jeune, mais en ce moment, on dirait un petit vieux. J’ai pile la moitié de son âge, ça n’arrive qu’une seule fois entre un parent et son enfant. Je décide de lui faire un café, mais la machine à café ne fonctionne pas. Après vérification, l’électricité en général ne fonctionne pas. Je remplis donc deux verres de jus d’orange et viens m’asseoir près de mon père.

    -Tiens Papa.

    Il se saisit machinalement du verre.

    - C’est normal.

    - Quoi Papa ?

    - C’est normal qu’il n’y ait pas de courant. Une moitié de l’humanité vient de mourir, et l’autre moitié a bien autre chose à faire que de travailler. Pas d’électricité. Pas d’eau. Pas de production de nourriture. Pas de soins dans les hôpitaux. Pas de forces de l’ordre. Plus rien. Le monde est mort mon fils.

 

    C’était évident, mais je n’y avais pas pensé. Et le dramatique de la situation ne m’apparaissait pas encore dans toute sa splendeur. Et je n’avais pas non plus réalisé que la moitié des êtres humains étaient décédés. Environ 3,5 milliards de cadavres qui gisent sur la croûte terrestre. Dont celui de ma mère. Je n’arrive pas à cerner l’horreur et le gigantisme de cette idée.

    Mon père boit son jus d’orange d’une traite.

    - Enterrons ta mère, me dit-il alors. Nous la mettrons dans le jardin.

    - Oui, réponds-je avec une nouvelle montée de larmes. Je vais chercher de quoi creuser dans le garage.

 

    Après l’avoir ensevelie et s’être recueillis un moment, nous nous regardons un instant, mon père et moi. Puis il me dit, d’un air assez grave :

    - Il va falloir que tu t’entraînes. Aux arts martiaux je veux dire.

    Qu’il pense à ça m’étonne un peu. Il reprend :

    - Pour moi, tu sais, c’est réglé. Il ne va pas se passer longtemps avant que je ne tombe sur un jeune en forme, qui me mettra en pièces facilement. Je n’ai plus l’âge pour rivaliser. Mais toi, tu fais partie de la bonne catégorie, et je veux que tu joues tes chances à fond. Tu es jeune, tu es grand et fort, et t’as pratiqué longtemps des sports de combat. Alors je veux que tu reprennes l’entraînement. Je le veux, tu entends ?

Par Eddy Lavallée
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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 23:53

    J’avais en effet pratiqué le karaté Shotokan pendant 11 ans, et arrêté il y a un an et demi environ. Mon prof m'avait d’ailleurs poussé à passer ma ceinture noire 1er Dan, grade que je considérais comme débutant, neuf autres Dan suivant encore après. Je pratiquais également un peu de boxe loisir en parallèle. Mais j’avais finalement tout laissé tomber par manque de motivation.

    Que mon père me donne cette consigne m’émeut. Et ça me rassure aussi de me voir un peu encadré, dirigé, dans ce chaos total.

    - Oui, tu as raison Papa, je vais m’y remettre sérieusement.

    Je vois dans ses yeux qu’il est content. Mais je ne lui ai répondu ça que pour lui faire plaisir. En réalité, à ce moment présent, je n’envisage ni entraînement, ni même les futurs Combats à mort à venir. Bien trop de choses m’encombrent la tête pour ça.

    Depuis un moment, j’ai remarqué qu’il n’y a aucune trace de coup sur son visage. Son duel semble s’être bien passé, mais je n’ose lui demander des détails. J’appris plus tard qu’il avait dû tuer un enfant de 6 ans.

    Je quitte mon père avec promesse de le revoir dans la journée. Il veut aller voir son frère, et je veux des nouvelles de mon petit cercle d’amis. Une bande de cinq, moi compris, qui semble indissociable depuis des années. Cinq garçons de la même tranche d’âge qui forment ce que l’on appelle "le Crew". J’ai le pré-sentiment que dans les temps à venir, la cohésion du Crew va être vitale. Une pure et simple question de survie. J’ai déjà vu Marc tout à l’heure, mon presque voisin. Il ne me reste donc plus qu’à vérifier si les trois autres sont vivants. Je suis assez confiant, car comme le disait mon père, nous appartenons à la "bonne catégorie".

    Je me dirige en vélo vers celui qui habite le plus près de chez mes parents, Julien, dit Julio (prononcer Roulio). Les rues de Rouen sont toujours aussi apocalyptiques, avec leurs voitures immobilisées n’importe où et leurs innombrables cadavres jonchant le sol. Mais je suis déjà moins impressionné de circuler dans ce fatras. Je me suis fait à l’idée quoi. Mais il faut dire qu’il y a un élément qui manque : les gens hébétés, titubants et ensanglantés. La stupeur qui les habitait a dû les quitter depuis que je suis sorti pour la première fois, et ils doivent faire comme moi maintenant, s’inquiéter de leurs proches. La ville semble écrasée sous un silence de plomb. Plus un moteur qui tourne. Le ciel est bleu et la température est douce pour cette fin d’année. Une quinzaine de degrés peut-être. Je m’efforce de ne pas détailler les corps inertes qui défilent autour de moi. Puis, alors que je ne suis plus qu’à quelques rues de chez Julio, j’ai l’envie irrésistible de calculer le temps théorique que prendrait cette grande élimination de la race humaine, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus qu’un seul représentant. Par curiosité, et parce que ça aura l’avantage d’occuper mon esprit.

    En comptant en gros 7 milliards d’individus, qui chaque semaine sont divisés de moitié. Intuitivement, j’imagine qu’il faudrait des années et des années. Je commence les divisions par deux, en calcul mental, et je les compte à chaque fois sur un doigt pour pouvoir les dénombrer à la fin. Et ce, tout en continuant à pédaler. J’arrondis les nombres à chaque fois par commodité, et j’arrive enfin à l’ultime division en obtenant le chiffre 1. Je compte combien j’ai fait de tours sur mes doigts, et j’obtiens finalement le nombre 32.

    Seulement 32 ! 32 combats, 32 semaines, et il n’y a plus qu’un seul être humain sur Terre ! A peine plus de 7 mois, et c’est réglé. Bon, il y aura aussi des morts naturelles, ainsi que des naissances, mais ça donne une bonne idée. Une effrayante idée. Car c’est franchement du court terme, et pouvoir fixer une date rend le tout beaucoup moins abstrait.

    Un peu assommé par cette réflexion, et surtout son résultat, j’arrive chez Julio. Il n’est pas chez lui. Ҫa ne m’inquiète pas car je ne l’imagine pas rester tranquillement à la maison au lieu d’aller aux nouvelles. De toute façon, le prochain n’habite pas loin. On l’appelle Carlos. Pas parce qu’il est gros, mais parce qu’il a un visage rond et porte toujours la barbe.

    Je suis chez lui en deux minutes. Il m’ouvre.

    - Content de te voir mon con ! me lance-t-il joyeusement.

    Sa barbe et sa touffe de cheveux hirsutes encadrent ses petits yeux toujours rieurs. Il a les épaules larges et est très grand.

    - Salut mon poulot. Content de te voir aussi. J’aimerais faire une réunion aujourd’hui. Tous les gars du Crew.

    - T’inquiètes, j’ai déjà vu les autres. Je leur ai donné rendez-vous ici à 16h30, c’est-à-dire dans une demi-heure. Je suis passé chez toi mais tu n’y étais pas.

    - Non, j’étais chez mes parents.

    - Ah. Et comment ils vont ?

    - Ma mère est morte. Mon père va bien.

    - Désolé gars, me dit-il sans trop savoir comment réagir.

    Les parents de Carlos sont morts dans un accident de la route quand il avait 12 ans. Il n’a d’ailleurs aucune famille, à part un frère qu’il ne voit jamais depuis leur séparation dans des foyers différents. Ce qui fait que depuis des années, il n’a que nous, ses amis.

    - T’as qu’à rester là jusqu’à l’heure du rendez-vous, reprend-il.

    - Euh non, je vais faire un aller-retour vite fait chez moi. J’ai deux ou trois trucs à prendre.

    - Ok, à tout à l’heure alors.

    - Ҫa roule, bye.

 

    Une fois chez moi, je me munis d’un sac à dos. D’abord, j’ai besoin de lampes torches. Sans éclairage, les rues de la ville vont être très sombres une fois la nuit tombée, et vu la fréquentation peu appréciable des routes et des trottoirs, je préfère savoir où je vais. J’en trouve deux et prends toutes les piles que je trouve. Je prends aussi un gros couteau de chasse. Plus rassurant. En fait, je crois que c’est tout ce dont j’ai besoin. Puis de toute façon, il va être l’heure du rendez-vous.

    Je remonte sur mon vélo, direction l’appartement de Carlos. Il fait encore jour, mais plus pour longtemps. Je me perds un peu dans mes pensées. Durant mon adolescence, j’ai toujours très bien su relativiser. J’avais la parade à tous les problèmes qui pouvaient m’arriver. Il ne s’agissait pas de relativiser au niveau banal, c’est-à-dire juste se dire que ce n’est pas grave, qu’on connaîtra pire, que tout finira par s’arranger. Non. Il me suffisait de me demander quelle importance ces problèmes avaient vraiment, mais dans l’Absolu. Pas à mon échelle d’insecte, mais à l’échelle de l’Univers. Je veux dire, on n’est rien dans l’Espace, une poussière parmi la poussière. On est perdu sur une planète elle-même plongée dans l’immensité d’un univers infini. Alors du coup, tout ce qui peut m’arriver - à moi qui ne suis rien - c’est tout simplement moins que rien. Tous mes problèmes ont strictement la même importance que les mouvements d’un grain de poussière. Pour moi alors, apporter le moindre crédit à un quelconque souci devenait inévitablement ridicule. J’en riais vraiment. Ce changement d’échelle, réellement vécu, ne pouvait aboutir qu’à cela. Puis parfois, pour accentuer l’effet, j’ajoutais ce petit exercice de visualisation :

    Je visualise la Terre dans sa globalité. Une vue spatiale. Cette masse est tranquille, suspendue dans le noir, et l’éclat du Soleil me permet de voir ses effets de couleurs tirant sur le bleu. Je suis loin, il n’y a plus aucun mouvement humain visible. Je fais alors un énorme travelling arrière, sans perdre de vue ma planète. Elle rapetisse. Je frôle la Lune et accélère encore ma fuite. La Terre rétrécit toujours à mesure que je m’éloigne, puis finit par se perdre totalement parmi la foule de ces points blancs anonymes qui constituent à eux seuls le paysage.

    Alors que j’arrive chez Carlos, repenser à ça me fait retrouver cet état serein, inattaquable, que j’obtenais à volonté à l’époque. Et ça me fait un bien fou.

    J’entre. Les gars sont déjà là.

Par Eddy Lavallée
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 23:44

    Je suis content de les voir même s’ils n’ont pas l’air aussi joviaux que lors de nos réunions d’avant. Avant l’événement de tout à l’heure je veux dire, et ça m’effraie de considérer tout ce qui a eu lieu jusqu’à hier comme une période définitivement révolue. Une continuité dans le déroulement de la vie est rassurante, on se laisse porter sans se poser de questions. Au contraire, le début d’une nouvelle ère, totalement en rupture avec la précédente, est source d’inquiétude. D’autant plus quand celle-ci est gouvernée, par des lois qui nous dépassent.

    Nous sommes dans le salon. Ce petit salon qui a été le témoin de tant de rigolades, de conneries déblatérées, de parties de jeux vidéo enflammées, de glandouille assumée, de picole sans fin. Sans doute le lieu où nous nous sommes le plus réunis. Le Q.G. du Crew quoi. Carlos est assis dans le petit canapé. Ce canapé qui n’a jamais eu droit à un repos plus que mérité, dans une décharge. A côté de lui se trouve Marc. Son hématome a bien grossi depuis que je l’ai vu en allant chez mes parents. Il a les traits fermés. Dans le fauteuil situé près du canapé se trouve Julio. Il est roux, comme son surnom l’indique, et a les cheveux courts. Je remarque tout de suite une grande griffure près de son œil gauche, ainsi qu’une autre sur la gorge. Il me fait un petit sourire. Enfin, sur une chaise en face du canapé se trouve La Taupe. Surnom peu original, j’en conviens, mais efficace. Il me fixe à travers ses petites lunettes, et regarde mon œil au beurre noir. C’est le plus petit de la bande. Et, comme un bon gros cliché ambulant, c’est aussi lui - le petit à lunettes - l’intello du groupe. Le seul d’entre nous qui continue encore ses études. Enfin qui continuait… Il semble être extrêmement fatigué.

    Je m’installe moi aussi sur une chaise, à côté de La Taupe. A mon arrivée, la conversation tournait autour des adversaires que chacun avait dû affronter. J’apprends que Carlos, le colosse de la bande, celui qui pratique depuis longtemps la boxe anglaise, avait dû combattre contre un ado de 15 ans, de type asiatique. Il explique qu’il n’a pris aucun coup, mais que ses poings sont meurtris à cause de la violence et de la répétition des frappes qu’il a été obligé de mettre sur le crâne du jeune pour le "terminer". L’entendre raconter ça comme un récit banal me fait froid dans le dos. Julio, lui, est tombé contre une fille d’environ 20 ans, type noir africain. Il s’en est sorti avec seulement les grosses griffures que j’ai déjà remarquées, plus une grosse douleur à une côte. Il craint qu’elle soit fêlée. Il explique qu’il a "fini" la fille en l’étranglant. Se remémorer ces événements l’atteint visiblement beaucoup plus. Il a les mains qui tremblent et son teint blêmit. Marc, comme il me l'avait déjà dit, à quant à lui été obligé de tuer un adolescent de 14 ans. Il ne détaille pas son expérience, fidèle à son habitude, car il a toujours été le plus discret du groupe. Ces trois adversaires, comme la mienne, ne parlaient pas un mot de français.

    Mais c’est le récit de La Taupe qui nous fait la plus forte impression. Il nous raconte qu’il s’est retrouvé dans la salle - car la description de tous concorde avec la pièce ronde et grise que j’ai moi-même connue - avec pour seule autre personne un bébé dont il a estimé l’âge à trois mois. Bien loin de se résoudre à l’assassiner, La Taupe nous explique qu’il s’est assis et a attendu, se disant qu’on ne pouvait pas l’obliger à commettre cet acte immonde, et qu’on finirait bien par le laisser sortir d’ici, quel que soit le sadique qui était aux commandes de tout ça. Puis le temps a passé, interminable. Le nourrisson pleurait beaucoup, sans arrêt. Puis il a pleuré moins fort, ses forces semblant s’épuiser. Et au bout de ce que La Taupe estima être une journée, précisant que c’était très compliqué d’évaluer le temps sans horloge et enfermé dans une salle sans ouvertures, le bébé cessa complètement de se manifester, et cessa de bouger. La Taupe, qui n’avait pas fermé les yeux depuis environ 24 heures, et qui devenait comme fou, s’approcha de lui et vit qu’il était très pâle, cyanosé, et que ses respirations étaient presque imperceptibles. Environ une demi-heure après, il revenait dans le monde présent, avec l’hypothèse que le bébé était mort de soif et de faim.

    Ce récit bouleversant m’explique la raison de l’extrême fatigue que j’ai décelée chez La Taupe en entrant. Et ça me confirme aussi ma théorie selon laquelle peu importe le temps que prend le Combat dans cette salle, le temps dans notre monde connu n’en est pas tributaire. Une fraction de seconde sans doute. J’explique cette idée à mes amis qui semblent la partager. Et Julio rajoute :

    - Et donc, ça veut dire que si les deux personnes dans la salle refusent de se battre, ça ne prend fin qu’avec le premier qui meurt de façon naturelle, même si ça prend une semaine ?

    - Oui, répond Carlos. C’est apparemment ce qui s’est passé avec La Taupe. Mais ça ne prendrait pas une semaine, on meurt de soif en trois jours si on ne boit pas.

    La Taupe semble revivre ce moment terrible, puis dit :

    - Je pense que tous les bébés sont morts dès ce premier Tour. Ils ont tous dû être tués car ils sont forcément tombés sur plus robuste. Il ne doit plus y avoir un seul nourrisson en vie sur toute la planète.

    - Il doit y en avoir encore quelques-uns dis-je. C’est vrai que le premier combat a forcément fait une hécatombe parmi les nouveau-nés, mais il doit y en avoir encore un peu pour deux raisons. D’abord, si deux bébés sont opposés dans le même combat, il y en a obligatoirement un qui survit (pas forcément dans un bon état d’ailleurs). Et ensuite, il y a forcément des femmes enceintes qui ont survécu à ce premier Tour, et qui ont déjà enfanté, et qui vont enfanter. Par contre, c’est vrai que ça ne va pas durer longtemps. Peut-être encore un, deux, voire trois Tours, mais c’est tout.

    Personne ne s’étonne que La Taupe se fasse reprendre, lui qui a toujours raison. Question de circonstances. Carlos nous donne une bière à chacun. Puis il me dit :

    - Oui, tu as sans doute raison. D’ailleurs, plus les Tours vont avancer, moins il y aura de faibles. Je veux dire, les bébés, les enfants, les vieux, puis les femmes aussi. Tous les cinq, au premier Tour, on a tous eu de la chance, si on peut dire. Mais ça ne va pas être le cas encore longtemps. Dans quelques semaines, il n’y aura plus que des gars d’âge moyen, et ça va devenir chaud pour nos gueules.

    La Taupe avale sa gorgée de bière et ajoute :

    - C’est vrai, avec cette sélection extrême, il ne va bientôt rester qu’un seul profil-type : des sujets de type masculin dont l’âge pourra varier en gros de 17 à 40 ans. Et au fur et à mesure ne resteront que les plus grands et les plus robustes d’entre eux.

    - Ou les plus entraînés, ajouté-je.

    - Et donc, à la toute fin, il ne restera qu’un super-combattant alors, dit Julio. Et ça sert à quoi ? Je veux dire, il va lui arriver quoi à lui ? Qu’est-ce qu’il va bien pouvoir branler tout seul sur la planète ?

    Cette question nous laisse songeurs. Peut-être que tout cela a un but précis, qu’un sort est réservé au dernier survivant. Ou peut-être pas. Une simple élimination de l’espèce. Qu’est-ce qui est le plus effrayant ? Nous avons tous fini notre bière, et Carlos nous en redonne une. Puis il nous dit :

    - Au fait, si genre au prochain Tour on est un nombre impair, le dernier gus qu’a pas d’adversaire il fait comment ? Il doit se buter tout seul ?

    Il part alors de son gros rire, et s’envoie une énorme rasade de bière dans le gosier.

    - Je suppose qu’il passe le Tour sans avoir à combattre, réponds-je. Tiens, d’ailleurs, j’ai fait le calcul, et avec un Combat par semaine, ce Grand Tournoi sera terminé dans 32 semaines seulement.

    - C’est tout ? s’étonne Julio. Bah merde, ça va être vite torché.

    - Comme toi quand tu vas aux chiottes gros porc!, lui lance Carlos. T’es pas le genre à vérifier s’il en reste hein ?

    Et de nouveau son gros rire. Ses vannes arrivent à nous détendre. Les bières aussi, d’autant plus qu’aucun d’entre nous n’a dû manger de vrai repas aujourd’hui, donc l’alcool semble nous monter assez vite à la tête. D’ailleurs, Carlos sort l’artillerie plus lourde. Rhum et Whisky. Les verres commencent à défiler. Et cela nous permet d’évoquer les pertes de nos proches, sujet qu’il aurait été impossible d’aborder en début de réunion. Les pertes ont été très lourdes pour tout le monde. Parents, frères et sœurs, petites-amies et autres. Chacun d’entre nous a déjà payé un lourd tribu à cette connerie de Tournoi.

    Je décide alors de parler de ce qui me semble le plus important :

    - Dites les gars, il va falloir penser à comment on va s’organiser pour la vie quotidienne. Les combats sont une chose, mais il va falloir continuer à vivre en parallèle, et à mon avis, les règles vont changer radicalement. Et il risque d’y avoir du sport, c’est moi qui vous le dit.

    - Oui, continue La Taupe, qui semblait attendre cette conversation. Il va falloir se préparer à une survie difficile. La moitié de l’humanité étant supprimée, l’autre ne va pas continuer à travailler, surtout sachant ce qu’il l’attend. Et dans une semaine, il n’y aura plus qu’un quart de survivants. L’argent n’a d’ores et déjà plus aucune valeur. Vous pouvez jeter vos portefeuilles. La norme va devenir le vol, le pillage et la récupération. Je suis sûr que les pillages des magasins vont se généraliser dès demain, s’ils n’ont pas déjà commencé. De plus, tout le système judiciaire s’est écroulé au moment même du premier combat de tout à l’heure, ce qui fait que le monde est devenu le terrain de jeu de tous les détraqués, qui vont pouvoir se laisser aller impunément au meurtre et à la destruction. Il faut se préparer à un futur proche fait de bandes de tueurs armés sillonnant les rues de la ville, et d’immenses incendies allumés par des pyromanes désormais débridés. Il faudra se battre pour l’eau et la nourriture. Ҫa va être un chaos complet, l’anarchie totale.

    Nous sommes tous suspendus à ses paroles. Nous n’avions pas imaginé un tel tableau, mais ça semble pourtant plus que plausible, l’être humain ayant déjà montré de quoi il était capable bien des fois par le passé.

    Encore un peu sous le choc de cette prédiction, Julio nous dit :

    - Si La Taupe a raison, alors il faut se procurer des armes. Des armes à feu surtout. Et il faut aussi faire des stocks de nourriture et d’eau.

    - Je propose qu’on fasse ça dès demain matin, continué-je. Au lever du jour. Là, la nuit est tombée, et il vaut mieux attendre à mon avis. Il faudrait aussi qu’on trouve une solution pour pouvoir communiquer entre nous quand nous ne sommes pas ensemble. Car je ne vous apprends rien en vous disant qu’il n’y aura plus de téléphone.

    - Bah y a les talkie-walkies, dit alors Carlos.

    - Et tu les recharges comment sans électricité ? lui demande Julio.

    - Il en existe qui marchent avec des piles, répond-il. Ils sont petits et fonctionnent très bien, j’ai déjà essayé.

    - Ok, parfait, dis-je. Il faut s’en procurer au moins cinq demain, avec le maximum de piles en réserve. Ҫa, plus la bouffe et l’eau, et aussi du matos de survie, pour le froid notamment.

    Et c’est vrai qu’il fait froid dans le salon, sans chauffage, malgré l’alcool qui commence à nous monter sérieusement au crâne. Et les verres continuent à s’enchaîner dans une ambiance plutôt joyeuse. Les idées et les vannes fusent. Alors que je deviens sérieusement imbibé, je me rappelle soudain les paroles de mon père tout à l’heure, quand il me demandait de reprendre l’entraînement aux arts martiaux. Et je me rends compte qu’il a raison et je prends la décision de commencer dès demain. Et en plus de l’entraînement au combat, je vais commencer un entraînement physique quotidien. Mes verres d’alcool de ce soir seront les derniers, et j’essaierai autant que possible de manger sain et équilibré. Je veux survivre le plus longtemps possible et je vais tout faire pour. Dès demain, mon quotidien sera axé là-dessus: devenir le plus fort et le plus habile possible en combat. Je vais tenter de revoir mon ancien prof de karaté aussi. A partir de demain, je prends mon avenir en main, si court soit-il.

Par Eddy Lavallée
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